LE CINOCHE PART EN VRILLE

Le cinoche part en vrille

 

Bingo, on le sentait venir, la vague de la caméra embarquée déferle sur le cinéma. Elle filme des pieds et donne des nausées. Elle filme les sols, les plafonds et donne des frissons. Elle filme, elle fait peur, elle fait vomir et bouscule le film de genre depuis une petite paire d’années.

 

Présente au cinéma pour la première fois dans les films de Jean Rouch puis démocratisé par la Nouvelle Vague dans les années 1960, la caméra portée revient en force depuis 2008. La caméra épaule est dynamique, elle renforce l’impression du spectateur d’y être. En immersion avec Jason Bourne (La mort dans la peau…) elle s’est très rapidement imposée dans le film de genre hollywoodien. Depuis Cloverfield qui n’a rien inventé, elle est devenue l’instrument indispensable.

 

"Maydey...pssch... maydey miss....psssch ...vorté...pssssssch... booom"

 

Cloverfield

Cloverfield c’est ni plus ni moins King Kong ou Godzilla. La seule différence c’est le processus : cette caméra tout droit sorti de Blair Witch qui immerge le spectateur dans l’action.

 

… fait des émules

Le film d’horreur avec Rec et Diary of the Dead, le film de guerre avec Redacted, Démineurs voire ce cher Soldat Ryan, le film de Science-fiction avec District 9, le film d’action avec The Bourne Ultimatum ou CrankParanormal Activity sort aujourd’hui, bref ça n’arrête plus. La caméra épaule embarquée portée voir plus moche encore, tenu par un des protagonistes que l’on ne verra jamais est de plus en plus à la mode.

 

Les avantages

Elle permet en effet deux choses. Bien maîtrisée, elle renforce les sensations du spectateur en mal de spectacle. Secundo et c’est bien pour avantager la stratégie des studios : un film en caméra portée qui imite le style amateur ne coûte pas cher. Hormis quelques effets spéciaux (25 millions de dollars tout de même), Cloverfield et District 9 n’ont rien coûté.

L’amateurisme revendiqué par un pareil processus de filmage justifie les choix de casting. Il n’y aucune star dans Cloverfield, Rec, District 9 et bien d’autres.

 

Nouveauté

Ces avantages intéressent évidemment Hollywood. Du coup, tout le monde s’y met. Sam Raimi (Evid Dead, Spiderman) a décidé d’adapter au cinéma le court-métrage Panic Attack d’un jeune cinéaste uruguayen. Un mélange entre Le jour où la terre s’arrêta, Cloverfield et District 9.

 

 

Longue détente

Il apparaît pourtant que cette nouvelle génération de cinéaste réagisse bien tard à l’apport qualitatif de la caméra épaule. La Nouvelle vague dès les années 60 puis le dogme 95 du des danois Lars Von Trier & co (Breaking the Waves, Festen), Cannibal Holocaust et The Blair Witch project avait déjà utilisé la caméra portée. Des produits moins commerciaux, peut-être plus inventifs aussi.

 

Bousculade de technologie

Comme pour le temps du muet bousculé par l’arrivée du parlant, on pourrait vite regretter que la caméra épaule, se fasse éjecté comme une vieille chaussette usagée. A côté de ce nouveau processus : profusion d’idée et de technologies. La 3D est dans la place. Cameron pense révolutionner le cinéma avec Avatar. Et si comme il le dit, les spectateurs de cinéma ne voudront plus voir les films comme avant après Avatar, on pourrait alors dire que la caméra épaule, à peine intégré et comprise par l’industrie cinématographique est en quelque sorte morte née.

 

 

Arthur Diens