LA POLICE EN GRèVE
Les policiers en grève
Quand on vous dit que la France est en grève tous les jours, vous n’y croyez pas. Ou seulement après vu ailleurs de loin qu’effectivement, la France est en grève tous les jours. Hier, Beaubourg était en grève. Aujourd’hui aussi. Avant-hier c’était les pêcheurs, les tabatiers. Demain c’est la Poste et les hôpitaux. Plus étonnant, la police est en grève.
Manifestation 1
Cette semaine, la police fait grève partout en France avec des revendications. Contre la baisse des effectifs (2000 fonctionnaires en moins prévu en 2010), contre les heures non payées (au total, c’est 18 millions d’heures que l’Etat aurait économisé) et surtout contre la politique du chiffre qui leur demande d’être toujours plus rentable, toujours moins efficace.
Par exemple, plutôt que de démanteler un réseau de trafiquant de drogues qui coûte beaucoup de temps pour finalement peu d’arrestations, mieux vaut interpeller et punir des consommateurs de cannabis facile à attraper (46 % des garçons âgés de 15 à 19 ans en ont déjà fumé en Ile-de-France). Cette politique du chiffre, très rentable en terme d’arrestation et de condamnation est vivement critiquée par les policiers. Elle serait moins efficace.

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Phénomène bouse de vache
Le tout est de savoir ce que valent ces preuves de lutte contre l’insécurité. Damien, flic depuis 8 ans explique : « C’est comme avec la bouse de vache. On peut soit chasser les mouches soit l’enterrer. Mais ça prend beaucoup plus de temps. Avec la politique du chiffre, un commissariat qui tue dix mouches fait mieux que celui qui supprime la bouse. Personne le fait et il reste toujours dix mouches autour. Le problème n’est pas réglé. »
Cette politique du chiffre stresse les policiers sous pression. La police est parmi les secteurs d’activités où l’on retrouve le plus grand nombre de suicidés (soit 50 par an). Un chiffre désolant mais qui n’empêche pas Nicolas Comte, flic syndicaliste de conserver son sens de l’humour. Il réplique : « Un poulet en colère peut très vite devenir un code de combat. […] Nous ne sommes pas des opposants systématiques, nous sommes libres et indépendants. »
Manifestation 2
Voilà les raisons principales de la manifestation. Ce qui est bien quand les policiers manifestent, c’est qu’il n’y a pas besoin d’encadrement par les forces de l’ordre, les manifestants sont les forces de l’ordre. Autre chose, le nombre de manifestants annoncé par les organisateurs et celui avancé par la police est le même, là-dessus au moins, il n’y aura pas débat.
Le mot de la fin
Michel (nom d’emprunt), brigadier chef, résume parfaitement la situation : « En France, on demande de la sécurité, mais on n’en donne pas les moyens. »
Arthur Diens














