YES WE CAN

Yes, we CAN
Hors du temps, hors champ, la CAN est de loin la plus ahurissante des compétitions internationales. Au delà de la grande messe bi-annuelle qui a pour but de dépouiller les équipes de ligue 1 pendant 2/3 journées et de les sanctionner pour "recrutement impérialiste", elle renferme un graal, objet de bien de convoitises extra-sportives. Jouet, conte, instrument de pouvoir, et vraie scène artistique underground, elle sublime certains clichés ancestraux, et révèle toute la richesse culturelle du continent Africain.

 

Vitrine Politique
Grossièrement, la CAN est le reflet d'une lutte d'égo de milliardaires, de dictateurs et de chefs d' Etat mégalos qui font du football un instrument de hiérarchisation politique post-colonialiste. En caricaturant, le schéma est simple. Des pontes locales exhortent la Fédé à nommer des "Sorciers Blancs" à la tête de leur équipe nationale. Des recteurs sensés apporter rigueur tactique et intelligence footballistique à de fantasques gamins blacks, bourrés de talent mais dissipés. Le schéma colonialiste est en place, les cerveaux blancs dirigent, les pieds noirs exécutent. Et puis quoi, on paye les joueurs en Bible ?
Mécanique faillible, ce schéma est bien souvent ébranlé, quand la fédé ou certains joueurs vedettes -sorte de Spartacus 2.o- s'élèvent et s'immiscent dans les choix sportifs. Une nouvelle lutte d'égo tricéphale commence alors. Fédé et politiques VS Coachs VS Stars populaires. Comme en période de guerre, des alliances aléatoires se forment, au détriment de l'équipe, donc du pays. Ce qui s'apparente vraiment, et assez tristement, à un sabordage de l'intérieur. Vouloir imposer tels ou tels joueurs par affinités, alliance, ou diplomatie est de loin la meilleure solution pour créer des tensions et empoisonner la vie et l'unité d'un groupe. A l'extrême, on a même vu un joueur s'inviter himself en sélection. La rareté est l'œuvre du fiston Kadhafi, un illuminé atteint de footbalisme 21, mais dont la généalogie suffit à justifier la sélection.

 

Diktats et Dérives
Le lobbysme politique est donc le gros virus du football africain. Rares sont ceux qui osent s'inscrire en vaccin. Paulo Duarte (Burkina Faso) est un des rares à se faire entendre, mais subit au quotidien les conséquences de ce combat. "Je choisis mes joueurs, la pelouse est mon bureau, et les journalistes ne sont que des corrompus: tout ce qui se passe dans la sélection ne concerne que moi et mes joueurs". Un vase clos nihiliste sur fond d'Omerta, pas très sain comme climat.
Paul Le Guen arrive, lui, en vrai messie au Cameroun, à la tête d'une sélection au bord du gouffre : baptisé avec rite franc-maçonnique, et intronisé avec un contrat en or, 'tolérance zéro' en filigrane.
Et quand Giresse et ses panthères reçoivent l'oppressante visite d'Ali Bongo, ils sont calmement priés de ne pas briser le rêve d'une Nation toute entière. La menace plane, la zonzon (Mobutu/Zaïre/Coupe du Monde 74) ou le camp militaire (Général Gueï/Côte d'Ivoire/CAN 2000) attendent les malheureux soldats vaincus. Instrument de tous les excès, les vainqueurs ne sont même  pas à l'abri. Le taulé Togolais de 2006 fera désormais jurisprudence : des joueurs qualifiés pour un mondial, mais se faisant sucrer leur prime par la fédé. Allez expliquer ça à Emmanuel Adebayor..

 

Afrika Tales
De l'autre côté du miroir, loin de toutes ces magouilles politiques, la CAN est un conte, un adorable territoire mystique et bucolique où s'affrontent des Pokémons de type SOL (Eléphants de Côte d'Ivoire, Palancas de l'Angola, Fennecs algériens, Lions Indomptables du Cameroun..)  et des Pokémons de types VOL (Aigles du Mali ou de Carthage, Super Eagles du Nigéria, ou Eperviers du Togo). La tendance actuelle plébiscite donc le sol.
Magie noire et facétie du football africain, rêve d'un soir, la CAN permet à des amateurs et des stars de jouer sous la même tunique, sans même passer par un concours Nutella. Quand Richard Forson (Pontivy, France) rejoint la sélection togolaise, il y retrouve Emmanuel Adebayor (Man City), icône de la nation qui gagne presque mille fois son salaire mensuel.
Tout ce microcosme est galvanisé par la perspective d'un prisme médiatique extraordinaire. C'est l'occasion tant attendue de passer à Téléfoot entre la traditionnelle interview croisée Ribéry/Benzema et les insolites d'un jeune journaliste sans relief qui finira homme de terrain, "derrière l'ambulance qui accompagne Djibrill Cissé à l'hôpital", avant de sombrer dans l'anonymat. Le graal de tout footballeur africain, la sacro-sainte fellation audiovisuelle de Dominique Le Glou dans Stade 2. Halleluijah.

 

"Hmmm, d'accord Richmond, marché conclu...
Le placenta de ta femme contre une Bible et un reportage dans Stade 2!
"

 

Ambianceurs, Modalistes et Modélistes
Et la Can, c'est tout un folklore, mon frère. L'Afrique est quand même le berceau de la musique, de la danse et de la fête, alors pour l'occaz', tous les grands ambianceurs du Continent se mettent au diapason, au cœur d'un hédoniste triangle: mode/musique\religion.
Pour les joueurs, le schéma est simple : chant dans le bus, prières dans le vestiaire, et fête en discothèque. Là, les meilleurs fessologues apprécient en esthète averti les plus beaux lâchés de croupe du coupé-décalé au monde. Evidemment, l'heure est à l'exposition Brand-New. La CAN est une étape subliminale de la Fashion Week dans laquelle s'affrontent grands sapelogues et hair-designers. Les maghrébins répondent aux tribales coiffures des noirs africains par de sublimes crêtasses bouclées-huilées, un joyeux bordel border-mulet. Toujours visionnaires, les trend-setters Camerounais remettent au gout du jour le tank-top, et invente même la Combi-Lycra à griffures latérales, avec la complicité de Puma, équipementier de bon goût. Le it-shirt de l'époque, toi même tu sais.
Pendant ce temps, en coulisse, les marabouts s'affairent, surenchère de sorts, de gris-gris et de prédictions. Tout est bon. Au moins 3 semaines de répit pour Cristiano..

 

 

JJ Gamma